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Bactéries multirésistantes et antibiotiques

MacDonald, PizzaHut et KFC vont bannir les antibiotiques.

C’était le titre d’une chronique d’Axel de Tarlé, sur Europe 1, il y a quelques jours :

« Les plus grandes chaines de restauration du monde vont devoir proposer de la viande sans antibiotiques et ce, sous la pression des fonds financiers.

Ça peut sembler utopique mais, c’est une vraie révolution. Qui est la manœuvre ?

Ce sont les grands fonds de pension de la planète qui gèrent 1400 milliards de dollars. En général, les dirigeants d’entreprises obéissent à ces actionnaires puissants.
Ces grands fonds de pension américain, ont écrit aux plus grandes chaine de restauration comme Mac Do, Domino’s Pizza, Pizza Hut ou encore KFC, pour leur demander, si possible, ne plus servir à leur client de la viande, issus d’animaux élevés aux antibiotiques. D’en limiter au maximum l’usage.

Pourquoi ?

Ces fonds de pension mettent en avant deux raisons :

1/ L’OMS s’alarme de la sur-utilisation des antibiotiques dans les fermes car 80 % des antibiotiques produits sont utilisés pour les animaux. Ils sont tellement utilisés qu’ils ne sont plus efficaces. Les bactéries sont devenues résistantes aux antibiotiques. C’est un problème majeur pour la santé humaine avec le retour de maladies disparues.

2/ Tôt ou tard, estiment ces fonds, ils seront interdits. Ce sera bientôt la norme, autant agir en amont et être prêts.
C’est une vision sur le long terme qui est typique des fond de pension car ils gèrent les retraites. Vous placez votre argent à 25 ans et vous le récupérerez à 65 ans. Les fonds de pension s’intéressent à la rentabilité de leur placement avec une génération pour horizon.

Le monde agricole va-t-il devoir suivre et passer à un élevage sans antibiotiques ?

c’est une révolution qui s’annonce. Pourquoi l’Industrie agro-alimentaire utilisent les antibiotiques ? Parce que les animaux sont élevés en batteries et confinés dans des cages ce qui est propice à propager les maladies.
Un élevage sans antibiotique suppose un élevage moins intensif et plus naturel. Bingo ! C’est ce que souhaite le consommateur. Serait-ce un argument de plus en faveur de la fin des anti-biotiques?

Comme quoi, oui, la finance peut être éthique dès lors qu’elle s’inscrit dans le long terme. »

 

Les bactéries multirésistantes, bombe à retardement

Pour mettre cette infdormation en perspective, nous retranscrivons ici un article du figaro.fr – santé, daté d’avril 2004 :

« L’Organisation mondiale de la santé livre un tableau glaçant sur l’état de diffusion des bactéries résistantes aux antibiotiques. Conséquence : des infections courantes pourraient à nouveau tuer dans le monde entier.

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a livré mercredi un état des lieux inédit et alarmant de la progression des bactéries résistantes dans le monde. La résistance aux antibiotiques n’est «plus une prévision, mais bien une réalité dans chaque région du monde, et tout un chacun peut être touché», assure-t-elle dans son premier rapport mondial sur le sujet. Pire: nous nous approchons dangereusement d’une ère postantibiotiques, «où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer», assure le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général de l’OMS pour la sécurité sanitaire.

» Comment les bactéries deviennent résistantes

Le rapport, qui s’appuie sur les données de 114 pays. Les experts se sont particulièrement intéressés à 7 bactéries responsables de maladies graves courantes telles que les infections hématologiques (septicémie), les diarrhées, les pneumonies, les infections des voies urinaires et la gonorrhée (infection sexuellement transmissible).

Parmi elles, un germe normalement présent dans l’intestin, Klebsiella pneunomiae, est une cause majeure d’infections nosocomiales (pneumonies, septicémies). Or des souches résistantes aux carbapénèmes, des antibiotiques de dernier recours que l’on prescrit lorsque les autres traitements ont échoué, se sont désormais propagées à toutes les régions du monde.

De même, la résistance aux fluoroquinolones, l’un des antibiotiques les plus largement utilisés pour le traitement des infections des voies urinaires dues à E. Coli, est largement répandue. «Dans certains pays, le traitement est inefficace pour plus de la moitié des pays», illustre l’OMS.

«Du fait de la résistance aux antimicrobiens, les patients sont malades plus longtemps et le risque de décès augmente», résume l’OMS.

Très variable d’un pays à l’autre

Dans la lutte contre la résistance bactérienne, la France fait toutefois figure d’assez bonne élève. PourE. coli par exemple, le taux de résistance aux céphalosporines de 3e génération est de 8,2%, similaire à celui observé en Allemagne ou Danemark, meilleur qu’aux Etats-Unis (14,6%) ou en Italie (19,8%) mais moins bon qu’en Norvège (3,6%).

«Depuis 2010, toute personne entrant à l’hôpital en France qui aurait été hospitalisée dans l’année à l’étranger est systématiquement testée pour rechercher des bactéries hautement résistantes. C’est grâce à des mesures de ce genre que l’on parvient à maintenir les bactéries résistantes aux carbapénèmes à des niveaux très bas», explique au Figaro le Dr Laurent Dortet, du Centre national de référence sur la résistance aux antibiotiques. A titre de comparaison, l’Italie voisine, qui a mis moins de moyens dans cette lutte, a vu ses taux de bactéries Klebsiella pneunomiae résistantes aux carbapénèmes passer de 1,5% en 2009 à plus de 30% aujourd’hui.

Volonté politique

Pour Laurent Dortet, la montée en puissance de l’antibiorésistance a décollé en 2010, et des mesures globales s’imposent. «À ce stade, la prise de conscience ne doit plus être seulement française, ni même européenne, mais mondiale, analyse-t-il. La situation de pays comme l’Inde ou la Chine, qui sont très peuplés, est préoccupante».

Selon les spécialistes, la dynamique ne pourra être enrayée que si les autorités de par le monde font preuve de volontarisme à plusieurs niveaux. La première nécessité est de favoriser un bon usage des antibiotiques, en réservant leur prescription aux maladies bactériennes et en s’assurant que le traitement soit pris aussi longtemps que nécessaire, pas seulement tant que les symptômes se font sentir. La deuxième tient à la mise en place de moyens de dépistage précoces, rapides et peu coûteux, pour que les individus porteurs de souches résistantes puissent être identifiés, isolés et traités avant de disséminer la bactérie. Troisième impératif: que les gouvernements prennent des décisions politiques fortes et investissent dans la recherche pour la mise au point de nouveaux antibiotiques, fortement à la traîne. »

(par Pauline Freour – Service infographie du figaro)

Epilogue sur la perte d’efficacité des antibiotiques

La question de la perte d’efficacité des antibiotiques avait déjà été mentionnée sur nos pages, ou nous reprenions l’article de Peter Paulich paru dans les colonnes du Monde Diplomatique : http://blog.mondediplo.net/-Carnets-d-eau-, dont nous reprenons ici un extrait :

« L’observation des capacités de mutation des légionelles (selon la température et le dosage de chlore) nous interpelle quant à la fin possible d’une médecine qui a jusqu’à présent fait confiance aux traitements antibiotiques des infections.

Le très renommé Paul Ehrlich Institut en Allemagne, spécialisé dans les traitements des personnes ayant des déficits immunitaires (sida, cancers), a ouvert une page internet : « Sujet explosif : les anti-bioticas ». Un nombre croissant de personnes deviennent en effet multi-résistantes à tous les groupes d’antibiotiques. Des études prouvent que leur sur-consommation peut amener à une immunité grandissante.

La consommation d’antibiotiques est différente selon les pays. Elle est, aujourd’hui, beaucoup plus importante en France qu’en Allemagne par exemple, selon un rapport de 1 à 4. Une étude récente, effectuée par des chercheurs suédois et la fondation Tour du Valat, en Camargue, a a identifié dans le milieu naturel des bactéries multi-résistantes (famille des e-coli), probablement échappées du milieu hospitalier.

Il faut faire face à cette question : serons-nous dans vingt ans dans une situation comparable à celle des pays qui ne peuvent pas traiter des infections avec des antibiotiques, non pas par manque de moyens, mais par manque d’efficacité ? Peut-être verrons-nous bientôt l’époque de l’usage des antibiotiques comme un petit chapitre (de 50-70 ans) de l’histoire, un chapitre avec un point final, comparable à celui de l’épuisement du pétrole, voire pire quant à ses conséquences. »


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